Test - The Witness : L'unité fait la force

 At0mium
Rédigé par At0mium
Publié le 09/11/2016

Loin de la hype, indifférents de l'effet de masse, nous avons enfin pris le temps de jouer à The Witness. N'ayant personnellement pas plus apprécié Braid que ça, je n'avais aucune attente concernant la prestation de Jonathan Blow et son équipe. Le voyage valait-il le détour ? Sans aucune hésitation : un grand OUI ! Maintenant, il va falloir réussir à vous expliquer pourquoi...

Attention, le dernier paragraphe de ce test contient quelques spoilers

Au delà du simple jeu

Fait important, il aura fallu plus de six ans pour que The Witness voit le jour. Parti d'un vieux prototype mettant en scène un magicien qui devait lancer des sorts via les mouvements de la souris (ce qui servira de base au gameplay des puzzles du jeu), Jonathan Blow nous livre ici un titre expérimental et maîtrisé. Sa singularité ne vient pas tant de son gameplay mais tient plutôt de son objectif vis à vis du joueur. En effet, il n'est question ni de narration ni d'aventure dans The Witness. Le jeu vidéo sert ici de medium pour faire le lien entre créateurs et joueurs afin de délivrer un message, un apprentissage ; une démarche que certains qualifient de "prétentieuses" mais qui nous touche tout particulièrement car elle constitue une évolution intéressante du support. D'une certaine façon, c'est ce qu'avait aussi fait Davey Wreden avec The Beginners Guide.

Point à la ligne

Concrètement, on effectue deux tâches dans The Witness : on explore et on résout plusieurs centaines de labyrinthes via des tableaux électriques. Le principe est simple, la souris permet de décrire un chemin à partir d'un cercle, il faudra trouver la solution permettant d'atteindre un point précis en prenant en compte les contraintes imposées. Ces contraintes, parlons-en. Chaque zone de l'île met en scène une nouvelle mécanique de jeu. Par exemple, si l'on prend l'image ci-dessous, le joueur doit comprendre que les ombres des arbres alentours déterminent une zone avec laquelle la "solution" ne doit pas entrer en contact. Cela peut sembler simple, encore faut il trouver le bon angle pour regarder le tableau en question. Notons d'ailleurs un travail intéressant quant à la progression du joueur ; aucun texte ou tutoriel n'est là pour aider le joueur, il doit se débrouiller seul et on lui donne la possibilité de continuer son exploration s'il bloque sur une énigme. L'intégralité du jeu est disponible dès son lancement, chacun va à son rythme et suit la route qui lui convient le mieux.

L'unité fait la force

Des puzzles nombreux et variés, un message à délivrer, une belle île à explorer : ces éléments mis bout à bout pourraient faire de The Witness un jeu très correct, mais comment expliquer la flamme qui habite chacune des personnes ayant terminé et apprécié le titre ? Pourquoi avons-nous été tant chamboulé par ce jeu... ou plutôt, comment ? Difficile de répondre à cette question sans vous gâcher quelques surprises. En un mot : l'unité. Là où de très nombreux jeux joignent plusieurs éléments pour en tirer une formule intéressante, The Witness se concentre sur son but et rien n'est laissé au hasard. Absolument tout dans ce jeu participe à la vision de ses créateurs et le joueur pourra peu à peu comprendre les différentes couches de lecture de ce qu'il est en train de faire. Avec un peu plus de subtilité, je vous dirai que tous ces labyrinthes ne sont finalement qu'un langage. À force de répétition, on l'intègre et on lui devine quelques variantes pour finalement sentir que notre perception de l'île change progressivement. Cette approche du game design, cette nouvelle perception des choses, c'est ça la magie de The Witness.

excellent
UNE BELLE LEçON

Notre avis :

Soyons clairs, The Witness n'est pas un jeu que l'on peut mettre dans toutes les mains. C'est un jeu difficile qui ne nous tient pas par la main, avec un intérêt limité pour qui cherchera simplement un recueil de casse-têtes. Pourtant, pour peu que l'on s'y investisse un minimum (avec beaucoup de patience !), le titre révèle une saveur bien rare et les plus réceptifs y verront une belle ouverture d'esprit. Nous concernant, ce fut un réel plaisir que de passer toutes ces heures sur cette île somptueuse et ce voyage fort en réflexion restera toujours gravé dans un coin de notre tête. Bravo et merci Thekla.
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4 commentaires

Comments

 Shika-Voxel

Être touché par un jeu, ça n'a pas de prix. Et de voir le test ici va me faire replonger!

 Vrett
Vrett 12 novembre 2016 à 21h48

Difficile de tester ce jeu, et surtout de faire comprendre l'impression d'avalanche de sentiments que l'on ressent lorsqu'on le parcourt.

Personnellement c'est une claque.

Je peux affirmer sans prétention que j'ai de la bouteille dans la chose vidéoludique, et pourtant rares sont les expériences qui me transcendent aussi profondément que ce Witness.

La dernière fois... ouais, ça a du être Myst...

I LOVE YOU MISTER BLOW.

 Itooh
Itooh 11 novembre 2016 à 12h17

Je suis en tout point d'accord avec cette critique. Un des jeux les plus marquants de l'année.
Je conseille aussi à ceux ayant fini le jeu (avec les deux fins donc) (ouais la deuxième fin vaut la peine) de s'intéresser à la idéo d'electrondance sur le sujet. Une analyse des thématiques et réflexions de The Witness qui vaut vraiment le coup d'œil !

 sinexgeis
sinexgeis 09 novembre 2016 à 21h25

Je suis content de voir que vous avez su toucher du doigt l'essence de The Witness! Merci pour ce très beau Test !